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06/01/2012

"La cuvée des cosaques"

vins moldaves, moldavie, cricovaUn climat propice à la culture de la vigne, un sol fertile, la viticulture en Moldavie est une tradition ancestrale. La qualité des  vins moldaves pourrait faire pâlir certains producteurs français. Les Moldaves ont même obtenu des médailles d’or  lors de salons internationaux. Au XIXème siècle, la Moldavie fournissait même la cour royale en Grande Bretagne .Pendant la période soviétique, la Moldavie était la « cave » de l’URSS..Youri Gagarine d’ailleurs l’avait bien compris quand arrivé dans l’espace, il avait distingué un petit pays en forme de grappe de raisin sur la planète bleue. Ca n’a pas échappé à Poutine non plus, bien que sobre, avait souhaité fêter son  50ème anniversaire dans les caves de Cricova.

 Igor, Ukrainien de Transnistrie, est viticulteur mais aussi un Cosaque, et fier de l’être. Ses aïeuls étaient venus libérer la Bessarabie du joug turc sous le commandement du feld-maréchal Souvorov, sous Catherine II. Ce dernier créa la ville de Tiraspol en 1792, capitale actuelle de la République Autoproclamée de Transnistrie (PMR).

 Par contre, la cave d’Igor est un domaine réservé. C’est le seul qui a la clé même sa femme Irina n’y a pas accès. Il ne délivrerait pour rien au monde ses secrets de fabrication et sait « marier » les différents cépages tels que le « Cabernet sauvignon », le « Merlot », le « Feteasca Alba ». Pénétrer dans la cave d’Igor est une marque d’estime (et de confiance) car il est aussi  bien sélectif dans la sélection de ses cépages  que dans le choix de ses  hôtes.

 De plus, la cave d’Igor fait office d’abri anti-canicule, de coffre-fort mais pourrait servir  également de Bunker en cas d’éventuelles agressions turques, ses ennemis jurés. Outre son air un peu taciturne, il se « lâche » après quelques verres du breuvage de Bacchus.

 Alors, il envisage d’exporter son produit sous le label « La Cuvée des Cosaques ». Il a déjà échantillonné envins moldaves,moldavie,cricova 2010 lors d’une visite d’une Française. Au cours de la soirée, le projet était en phase de développement. Mis à  part quelques petits détails de logistique dus au statut particulier de la République autoproclamée du Dniestr (Transnistrie), il est bien déterminé à présenter ses produits  à VINEXPO à Bordeaux. Il souhaite montrer aux « Gaulois » le savoir-faire cosaque. Il faut dire que le vignoble en Moldavie représente 2% de la superficie du vignoble mondial, soit 145 000 hectares pour une superficie de 34 000 km² .

 Compte tenu des embargos successifs de la Russie envers les importations de vins moldaves, le Cosaque, malgré son attachement à « l’Empire », à la « Troisième Rome » et sans leur tourner le dos, sa passion pour le vin le pousse à s’internationaliser, lui qui n’a jamais voyagé en Europe.

 En tout cas, Igor, le Cosaque, aura bien sa place au milieu de tous ces grands crus occidentaux, sachant également qu’il maîtrise bien les techniques de distillation et sait élaborer un cognac fait maison que de grandes marques pourraient lui envier.

 Et toujours avec modération, Noroc ! (à la vôtre).

Photos : Alison Kim Crumbie

18:32 Écrit par sacha dans Culture, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vins moldaves, moldavie, cricova | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer |

"Les ravages de la vodka"

IMGP0319.JPGKatya est d’origine russe et vit en République Moldave. Elle est née il y a 32 ans à Ribnitsa en République soviétique de Moldavie. Mariée à un ivrogne de 15 ans son ainé qui la brutalisait et mère de deux petites filles dont elle ne pouvait assumer la charge, elle a décidé de « tout plaquer » il y a 8 ans dans l’espoir d’un destin meilleur.

Arrivée dans la capitale, à Chisinau, un maraîcher l’embauche pour vendre ses légumes sur le « bazar » (marché ouvert). Là aussi, la chance n’est pas du côté de Katya. Prétextant lui offrir le gîte et le couvert (moyennant certaines faveurs en nature…), il ne la rémunère pas poussant ainsi Katya vers la porte de sortie, elle qui cherchait son autonomie. Les « rumeurs » se répandent très vite sur le « bazar » et plus personne ne lui propose quoique ce soit. Alors, elle finit par demander à balayer les abattoirs, un « sale » boulot que personne ne veut faire mais elle n’a pas le choix.

 

Elle rencontre un certain « Vadim », un garçon boucher, lui aussi bien imbibé  d’alcool mais qui ne la bât pas. Il lui fait un enfant qui n'arrivera pas à terme. Un matin de février 2007, après une nuit glaciale, Vadim part prendre son service aux abattoirs et glisse sous les rames du trolleybus. Au bout de 24 heures, ne voyant pas son compagnon revenir (ce qui n’était pas dans ses habitudes), Katya se rend aux abattoirs où on lui annonce, apparemment sans « tact » la fin tragique de son ami.

 

Non, elle ne retournera plus aux abattoirs ! Elle préfère mourir. « Les gens des abattoirs n’ont rien à envier aux têtes de porcs égorgés. « Niet dyshi » (ils n’ont pas d’âme) ».

 

A présent, Katya n’a plus personne à qui se confier. Elle sombre dans la vodka bon marché, un fléau qui tue de plein fouet les petites gens en Europe de l’Est et toutes les anciennes républiques soviétiques. Pour moins de deux  €uros, cet alcool du pauvre, facilement accessible, tue chaque année. Mais, avant de tuer, il détruit tout sur son passage : Des visages radieux mais au portefeuille creux, des familles unies mais démunies, des mariages heureux au destin douloureux…Tout ce petit monde y  passe.

 

Il n’y a plus d’éclats dans les yeux de Katya. Elle n’est plus ! Le temps pour elle est « la différence entre le jour et la nuit : "le plus facile et le plus difficile ". Simplement, pour elle, la fortune ne se révèle pas par quelques « Lei » (monnaie moldave), mais par un peu d’égard : chaleur humaine, un sourire, une parole…

 

Dés la tombée de la nuit, ses angoisses  resurgissent. Où va-t-elle donc pouvoir passer ces quelques heures dans cette obscurité imposée ? Elle a déjà investi une petite église dans le quartier de la rue Granidilor mais les popes l’ont chassée – Elle fumait et avec son alcool…Et, puis, Katya aime bien parler. Elle s’exprime dans un russe presque parfait, un peu méridional qu’elle a acquis avec les Moldaves, ce qui fait la particularité de ce petit état.

 

Simplement, le poison qu’elle a ingurgité toute la journée, ne lui permet plus de s’orienter et surtout de s’abriter. Elle a le visage tuméfié par les coups qu’elle reçoit quotidiennement par ses compagnons d’infortune avec lesquels elle doit partager une cage d’escalier mais aussi par les multiples chutes dont elle s’acquitte fréquemment.

 

Il pourrait s’agir d’une « jaune » comme les médecins en Russie les nomment. Ce sont en fait des patients intoxiqués par de l’alcool frelaté mais c’est surtout une « cabossée » qui avec l’alcool bon marché et une alimentation quasi-inexistante, dégringole un à un les paliers d’une existence.

 

Dans ses moments de détresse incontrôlée, elle tente de « renouer » avec la « société » qui auparavant  l’a lâchée. Rien qu’une parole, un sourire, la réaniment. Et elle n’hésite pas à « accoster » l’étrangère avec des  « Good, ok, vip, yes,…. ». Enfin, un peu de chaleur quand on veut se retourner mais elle sait que ca ne va pas durer. C’est si court et à la fois réconfortant ! Elle parle, elle rit, elle pleure ! Elle se livre et aussi exprime son malheur. L’étrangère l’écoute non sans difficultés. Il est temps maintenant de prendre congés alors que le regard de Katya n’exprime que « pitié ».

 

Encore une fois, la solitude tombera telle une tête  de  l'échafaud et Katya sera de nouveau décapitée. Encore une fois, elle perdra la tête. Son poison ira même jusqu’à la neutraliser au sol. Elle essaie de progresser sur la rue Granidilor également «cabossée ». Encore une fois, elle se fera attaquer par les chiens errants, détrousser car elle aussi à « quatre pattes », devra combattre ces quadrupèdes affamés.

 

Son visage est couvert de boue que ses larmes ont cimenté le long de sa joue au sein d’un large sillon ridé. Elle hurle « Mama » telle une petite louve apeurée ou maugrée contre la « Mama » qu’elle n’a jamais été et qu’elle ne sera jamais car « le bon dieu », comme elle dit en brandissant sa croix de baptême orthodoxe ne répond qu’à ceux qui peuvent donner…

 

Katya est seule. Les unes après les autres, les cages d’escaliers se ferment. L’étrangère s’est soudainement évaporée. Il ne lui reste plus que le « squat » habituel où elle va s’échouer, vers le « bazar », là où elle pourra un peu manger. Oui, mais demain, elle veut encore parler « étranger » : « good, ok, vip ». Et elle sera là !

 

A 16 heures, Katya se tient « Rue Granidilor » et elle attend l’étrangère, celle avec qui elle a parlé la veille.  Elle a récupéré un bonnet neuf et un manteau « tendance léopard ». Il n’y a pas d’eau au squat mais elle s’est parfumée.

 

16h30 : l’étrangère arrive mais semble pressée. Katya a trop bu et la patience de l’étrangère est déjà « consommée ». Encore une fois, la « guillotine » de l’indifférence et de la « solitude » lui coupera la tête

.

 Katya envisage d’aller en Russie pour trouver un job. Il paraît que c’est moins pauvre et qu’il y a du travail.…. Elle sait au fond d’elle qu’elle ne s’en sortira pas même si elle s’efforce d’y croire. Elle s’invente des prétextes : « Elle n’a pas d’argent pour prendre le train pour Moscou et aussi acheter des nouveaux vêtements pour les entretiens ». Il lui manque simplement une cinquantaine d’€uros pour réaliser son projet. Cependant, même si elle parvient à réunir cette somme, elle les investira dans sa vodka, sa meilleure ennemie.

 

Elle sait que dans peu de temps, sur la rue Granidilor, son âme sera vite oubliée mais qu’au moins dans sa galère, elle aura été considérée le temps d’une cigarette, un sourire, une plaisanterie !

 

A présent, la nuit est tombée sur le grand boulevard Alexi Alexandrii. Les « Bymchs » (SDF) déambulent en titubant, poussant des  hurlements qui n’ont rien d’humains, escortés par une meute de « chiens sans colliers ». Pour certains, il n’y aura pas de « lendemain ».

 

Chaque année, l’alcoolisme tue des milliers de personnes en Europe de l’est et en Russie. Ce fléau touche également toutes les classes sociales.

 

A savoir, le célèbre  acteur Georghe Graû, qui fut , il y a 25 ans, la star du cinéma soviétique,gheorghegrau-a3845.jpg notamment grâce au film  « Il aurait eu un autre sort » en est le parfait exemple. Ce sex-symbol des années 80 divague à présent dans les rues de Chisinau mendiant pour acheter son alcool. Malgré les mains tendues, notamment par la municipalité, il refuse de réintégrer la société.

 

« Les ravages de la vodka » continuent de remplir bien des pages quant aux effets particuliers de ce breuvage détruisant tout sur son passage.

 

17:29 Écrit par sacha dans Culture, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alcoolisme, vodka, moldavie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer |

Les Bas de Babouchka

IMGP0310.JPG« A la passion, il n’y a de  remède que la passion »*. Et c’est bien la devise d’Ira Vladimirova V.. 78 ans, marchande de bas ambulante sur la rue Armianskaya à Kishinev (Chisinau, Capitale de la Moldavie).

Tout commence dans les années 30. Durant l’époque stalinienne, juste après la création de la république soviétique de Moldavie, ses parents, d’origine ukrainienne travaillent dans une usine textile qui fabrique  des fils destinés à la production de bas & collants, tissus maillés et crochetés. Avec les fils et matériaux « perdus », elle et sa sœur ainée, Natalia, apprennent à repriser les chaussettes et chaussants ainsi que les accrocs  et usures en tout genre.

En 1948, après une formation en couture, Ira travaille à la production de bas & collants à la Société d’Etat de textile près de Tiraspol dans l’actuelle Transnistrie.

Après la deuxième guerre mondiale, les procédés de fabrication ont considérablement évolué Le nylon est arrivé en même temps que la libération des peuples d’Europe du joug nazi. Ce nouveau matériau, venu des Etats-Unis, ne se travaille pas de la même manière que le coton et la laine.

Parallèlement,   l’Union Soviétique cherche à développer son savoir-faire en matière textile et  investit dés le début des années 60 en Ouzbékistan pour une meilleure production de coton. Des travaux d'irrigation « herculéens» privant ainsi la Mer d’Aral de ses artères nourricières, soit l’Amou-Daria et le Syr-Daria sont ordonnancés afin de lancer un vaste programme d’exploitation du coton.

 Dans les grandes filatures, on continue la production de bas et collants, mi-coton, mi-nylon pendant un certain temps. Ce sont des centaines de milliers de paires qui sortent chaque jour des chaines de production.

Ira est responsable de  qualité. Elle a 27 ans et est l’une des meilleures ouvrières. A 29 ans, elle devient contremaître. Elle rencontre Féodor, d’origine juive et dont les parents ont une petite boutique dans le centre de Kishinev (Chisinau). Ils sont bonnetiers et vendent des « dessous », des bas haut de gamme, chics et sexy chics pour la haute société.

Avec une clientèle régulière, les affaires vont bien. Le jour de la Saint Valentin le 14 février et le 8 Mars, la journée des femmes, la boutique ne désemplit pas.

 En 1967, Féodor est appelé en Israël pour se battre aux côtés de ses frères de sang lors de la guerre des 6 jours. Il part pour Tel Aviv et on ne le reverra jamais.

Elle reprend l’affaire de ses beaux-parents jusqu’en 1992. Lorsque la République socialiste soviétique de Moldavie proclame son indépendance en 1991, l’économie du pays est dans une situation désastreuse si bien que les affaires d’Ira périclitent. Elle doit fermer la boutique.

Qu’à cela ne tienne. Ira a établi durant ses longues années  un large réseau de clients et de fournisseurs. Et puis, les bas & collants, c’est toute sa vie. Elle décide de poursuivre son activité sur la rue Armianskaya, non loin du bazar. Elle rachète des fins de série auprès de fournisseurs turcs ou du stock restant des années soviétiques. Ce n’est certes pas les mêmes qualités qu’elle avait l’habitude de commercialiser mais ce sont des articles à petits prix. Son activité lui procure un revenu aussi moindre soit-il.

Tout au long de la rue Armianskaya, d’autres femmes, en rang d’Oignon, proposent de la lingerie, des lainages, des chapkas…De 9 heures à 20 heures, les « babouchkas » bravent le pavé.

Ira accoste les clientes leur présentant ses nouvelles collections. Elle rentre dans des explications techniques pour démontrer la qualité de ses produits. Elle est passionnée. Son argumentaire est une véritable poésie. Par contre, si on ne veut rien acheter, il faut la laisser travailler, elle n’est pas là pour discuter.

 A la nuit tombée, elle remballe. Demain, si tout va bien, elle sera encore là. Selon elle, c’est bien la passion qui fait des centenaires. Abandonner, c’est un peu mourir. Et surtout, ne pas baisser les bras, ça bas de soie !

*George Sand

 

 

 

15:55 Écrit par sacha dans Culture, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bas et collants, babouchkas, moldavie, chisinau, passion | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer |